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Rouges et rouge garance


Rouges et rouge garance

Quel rouge en reconstitution médiévale ? Dans les troupes de reconstitutions (XVe) quand le rouge est employé c’est le rouge brun qui prédomine, mais quand était-il  vraiment au Moyen-Age ? Comment cette couleur était perçue par les Hommes de cette époque ?

 

Soldat

Martial d'Auvergne, Vigiles de Charles VII, 1484.
Notez les 3 rouges différents de cet homme d'armes

 

 

LES ROUGES



" Parler de «couleur rouge», c'est presque un pléonasme en effet! D'ailleurs, certains mots, tels coloratus en latin ou colorado en espagnol, signifient à la fois «rouge» et «coloré». En russe, krasnoï veut dire «rouge» mais aussi «beau» (étymologiquement, la place Rouge est la «belle place»). Dans le système symbolique de l'Antiquité, qui tournait autour de trois pôles, le blanc représentait l'incolore, le noir était grosso modo le sale, et le rouge était la couleur, la seule digne de ce nom. La suprématie du rouge s'est imposée à tout l'Occident.

Dans l'Antiquité déjà, on l'admire et on lui confie les attributs du pouvoir, c'est-à-dire ceux de la religion et de la guerre. Le dieu Mars, les centurions romains, certains prêtres… tous sont vêtus de rouge. Cette couleur va s'imposer parce qu'elle renvoie à deux éléments, omniprésents dans toute son histoire: le feu et le sang. On peut les considérer soit positivement soit négativement, ce qui nous donne quatre pôles autour desquels le christianisme primitif a formalisé une symbolique si forte qu'elle perdure aujourd'hui. Le rouge feu, c'est la vie, l'Esprit saint de la Pentecôte, les langues de feu régénératrices qui descendent sur les apôtres; mais c'est aussi la mort, l'enfer, les flammes de Satan qui consument et anéantissent. Le rouge sang, c'est celui versé par le Christ, la force du sauveur qui purifie et sanctifie; mais c'est aussi la chair souillée, les crimes (de sang), le péché et les impuretés des tabous bibliquesTout est ambivalent dans le monde des symboles, et particulièrement des couleurs! Chacune d'elles se dédouble en deux identités opposées. Ce qui est étonnant, c'est que, sur la longue durée, les deux faces tendent à se confondre. Les tableaux qui représentent la scène du baiser, par exemple, montrent souvent Judas et Jésus comme deux personnages presque identiques, avec les mêmes vêtements, les mêmes couleurs, comme s'ils étaient les deux pôles d'un aimant. Lisez de même l'Ancien Testament: le rouge y est associé tantôt à la faute et à l'interdit, tantôt à la puissance et à l'amour. La dualité symbolique est déjà en place.

Certains rouges vont s'identifier aux signes du pouvoir.

Dans la Rome impériale, celui que l'on fabrique avec la substance colorante du murex, un coquillage rare récolté en Méditerranée, est réservé à l'empereur et aux chefs de guerre. Au Moyen Age, cette recette de la pourpre romaine s'étant perdue (les gisements de murex sur les côtes de Palestine et d'Egypte sont de plus épuisés), on se rabat sur le kermès, ces œufs de cochenilles qui parasitent les feuilles de chênes.
La récolte est laborieuse et la fabrication très coûteuse. Mais le rouge obtenu est splendide, lumineux, solide. Les seigneurs bénéficient donc toujours d'une couleur de luxe. Les paysans, eux, peuvent recourir à la vulgaire garance, qui donne une teinte moins éclatante.
Peu importe si on ne fait pas bien la différence à l'œil nu: l'essentiel est dans la matière et dans le prix. Socialement, il y a rouge et rouge! D'ailleurs, pour l'œil médiéval, l'éclat d'un objet (son aspect mat ou brillant) prime sur sa coloration: un rouge franc sera perçu comme plus proche d'un bleu lumineux que d'un rouge délavé. Un rouge bien vif est toujours une marque de puissance, chez les laïcs comme chez les ecclésiastiques.
A partir des XIIIe et XIVe siècles, le pape, jusque-là voué au blanc, se met au rouge. Les cardinaux, également. Cela signifie que ces considérables personnages sont prêts à verser leur sang pour le Christ… Au même moment, on peint des diables rouges sur les tableaux et, dans les romans, il y a souvent un chevalier démoniaque et rouge, des armoiries à la housse de son cheval, qui défie le héros. On s'accommode très bien de cette ambivalence.

Au Moyen Age, ces codes se manifestent à travers les vêtements, l'imaginaire et la vie quotidienne !

Les codes symboliques ont des conséquences très pratiques. Prenez les teinturiers: en ville, certains d'entre eux ont une licence pour le rouge (avec l'autorisation de teindre aussi en jaune et en blanc), d'autres ont une licence pour le bleu (ils ont le droit de teindre également en vert et en noir). A Venise, Milan ou Nuremberg, les spécialistes du rouge garance ne peuvent même pas travailler le rouge kermès. On ne sort pas de sa couleur, sous peine de procès! Ceux du rouge et ceux du bleu vivent dans des rues séparées, cantonnés dans les faubourgs parce que leurs officines empuantissent tout, et ils entrent souvent en conflit violent, s'accusant réciproquement de polluer les rivières. Il faut dire que le textile est alors la seule vraie industrie de l'Europe, un enjeu majeur.

Après le Moyen-Age le rouge est mis au ban par la Réforme.

D'autant plus qu'il est la couleur des «papistes»! Pour les réformateurs protestants, le rouge est immoral. Ils se réfèrent à un passage de l'Apocalypse où saint Jean raconte comment, sur une bête venue de la mer, chevauchait la grande prostituée de Babylone vêtue d'une robe rouge. Pour Luther, Babylone, c'est Rome! Il faut donc chasser le rouge du temple - et des habits de tout bon chrétien. Cette «fuite» du rouge n'est pas sans conséquence: à partir du XVIe siècle, les hommes ne s'habillent plus en rouge (à l'exception des cardinaux et des membres de certains ordres de chevalerie). Dans les milieux catholiques, les femmes peuvent le faire. On va assister aussi à un drôle de chassé-croisé: alors qu'au Moyen Age le bleu était plutôt féminin (à cause de la Vierge) et le rouge, masculin (signe du pouvoir et de la guerre), les choses s'inversent. Désormais, le bleu devient masculin (car plus discret), le rouge part vers le féminin. On en a gardé la trace: bleu pour les bébés garçons, rose pour les filles… Le rouge restera aussi la couleur de la robe de mariée jusqu'au XIXe siècle.

Salade

Un chevalier harnaché (dét.), A Dürer , 1498.
Salade peinte en rouge avec 2 lettres blanches .

 

La mariée était en rouge.

Surtout chez les paysans, c'est-à-dire la grande majorité de la population d'alors. Pourquoi? Parce que, le jour du mariage, on revêt son plus beau vêtement et qu'une robe belle et riche est forcément rouge (c'est dans cette couleur que les teinturiers sont les plus performants). Dans ce domaine-là, on retrouve notre ambivalence: longtemps, les prostituées ont eu l'obligation de porter une pièce de vêtement rouge, pour que, dans la rue, les choses soient bien claires (pour la même raison, on mettra une lanterne rouge à la porte des maisons closes). Le rouge décrit les deux versants de l'amour: le divin et le péché de chair. Au fil des siècles, le rouge de l'interdit s'est aussi affirmé. Il était déjà là, dans la robe des juges et dans les gants et le capuchon du bourreau, celui qui verse le sang. Dès le XVIIIe siècle, un chiffon rouge signifie danger."

Le Petit Chaperon… rouge

" Bien sûr. Dans toutes les versions du conte (la plus ancienne date de l'an mille), la fillette est en rouge. Est-ce parce qu'on habillait ainsi les enfants pour mieux les repérer de loin, comme des historiens l'ont affirmé? Ou parce que, comme le disent certains textes anciens, l'histoire est située le jour de la Pentecôte et de la fête de l'Esprit saint, dont la couleur liturgique est le rouge? Ou encore parce que la jeune fille allait se retrouver au lit avec le loup et que le sang allait couler, thèse fournie par des psychanalystes? Je préfère pour ma part l'explication sémiologique: un enfant rouge porte un petit pot de beurre blanc à une grand-mère habillée de noir... Nous avons là les trois couleurs de base du système ancien. On les retrouve dans d'autres contes: Blanche-Neige reçoit une pomme rouge d'une sorcière noire. Le corbeau noir lâche son fromage - blanc - dont se saisit un renard rouge… C'est toujours le même code symbolique."

Michel Pastoureau ( * ) propos recueillis par Dominique Simonnet ( L'Express du 12/07/2004 )


 

SYMBOLISME DU ROUGE ICI ET AILLEURS


Couleur du Feu et du Sang, le rouge est "considéré comme un symbole fondamental du principe de vie avec sa force, son éclat, sa puissance".
Étant l’attribut de Mars, dieu de la guerre, c’est une couleur masculine, donc brûlante et violente. Elle est "débordante d’une vie ardente et agitée".
En Égypte c’est la couleur de Seth et de ce qui est maudit et nuisible. Les scribes écrivaient en rouge les notes de mauvais augure.
En Grèce elle représente "l’amour sanctificateur", mais aussi l’innocence et la virginité.
En Inde ancienne Vishnu qui représente l’amour divin était habillé de pourpre.
A Rome, les généraux, les patriciens et empereurs étaient vêtus de rouge. Le manteau des centurions, comme celui de Saint Martin, était rouge.
De même à Constantinople le code de Justinien condamnait tout vendeur ou acheteur de tissu pourpre, réservé aux empereurs.
Pour le couronnement les rois portaient souvent le manteau rouge pourpre.
Au Moyen Age le Christ fût souvent représenté vêtu de rouge comme les prêtres ; il en reste la robe des cardinaux, la "capa magna". En pratique, actuellement, les cardinaux ont simplement une ceinture rouge en dehors des grandes cérémonies.
Le rouge, couleur du feu et du sang, est (pour l’Église catholique) couleur de l’Esprit, "à cause des flammes de la Pentecôte".
L’ambivalence est permanente avec cette couleur : le rouge éclatant centrifuge est diurne, mâle, tonique, incitant à l’action.... le rouge sombre tout au contraire nocturne, femelle, secret et à la limite centripète. L’un entraîne, encourage, provoque, c’est le rouge des drapeaux, des enseignes, des affiches publicitaires... L’autre alerte, retient, incite à la vigilance et à la limite, inquiète : c’est le rouge des feux de circulation, la lampe rouge interdisant l’entrée d’un bloc radiologique, ou opératoire, d’un studio photographique... C’est le signal de marche de tous les appareils ménagers et autres, et le signal d’alerte du dysfonctionnement...
La culture de la garance, plante qui sert à teindre les draps en rouge, a eu une importance essentielle au Moyen Age et encore au début du XXe siècle. Le poids des élus du midi et l’agitation sociale motivèrent le choix par le gouvernement français, pour l’uniforme militaire, de pantalons rouges de sinistre mémoire, signant l’insouciance politique. Mais au Japon les conscrits portent une ceinture rouge le jour de leur départ en symbole de leur fidélité à la patrie.
En Chine et au Japon le rouge est bénéfique, donneur de vie ; il éloigne les démons, d’où les portes des enceintes des temples shintoïstes et des portes d’entrée des maisons, ainsi que des palanquins transportant les jeunes mariés. Un ruban rouge autour du poignet porte chance et protège des mauvais esprits. Autour d’une patte il protège les vaches du sorcier, les poules du renard... De même pour la maladie au Moyen Age un ruban rouge autour du cou protégeait de la peste. Au Pays de Galles la flammèche rouge protège de la fièvre et des rhumatismes. La ceinture des zouaves a la même explication.
Le rouge est matriciel : la mer Rouge relève de ce symbole, représentant le ventre où mort et vie se transmettent l’une et l’autre. Pour les alchimistes d’ailleurs, la régénération, "l’oeuvre rouge", produit l’homme universel. C’est la couleur de la science, de la connaissance ésotérique.
En héraldique rouge "de gueule" se rapporte d’abord à la férocité et au combat, au courage que la couleur de la Légion d’honneur, reprenant la croix de Saint Louis, officialise.
L’ambivalence existe dans toutes les civilisations : le feu brûle, éclaire, brille, réchauffe, protège.

HISTOIRE ET SYMBOLISME DES COULEURS J. Peyresblanques
Collège des ophtalmologistes des Hôpitaux de France Publié dans "Les rayonnements optiques et les couleurs : faits et effets" Edition INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité) mars 1998


 

LA GARANCE

 

Garance
invariable. Rouge vif. Fait partie du champ chromatique rouge.

Au Moyen Age, on utilise l’alizarine ( de l’arabe al’usâra) c’est-à-dire l’extrait de racine de garance, une plante herbacée pour obtenir le rouge. La culture de la garance fait la fortune de Toulouse.
Dans l’art de l’enluminure, on utilise la cochenille, c’est-à-dire un insecte dont on tire un magnifique rouge carmin. A partir du XIIème siècle, les majuscules sont systématiquement peintes en rouge carmin dans les monastères cisterciens.
.

 

 

RGB

Fidélité

Teinte

Saturation

Luminosité

EE1010

*

87%

25%

Forme(s)

garance

Type

nom de couleur

Accord

invariable

Étymologie

francique wratja

Champ chr.

rouge

NB : Il y a rouge garance et rouge garance, la couleur obtenue différée suivant la qualitée des racines, des régions, du travail effectuée du savoir faire etc...

http://namta.ifrance.com/medieweb/colors.htm
http://pourpre.com/


La plus connue des teintures végétales, celle que l'on utilisa le plus longtemps, et qui, de plus, donnait la couleur la plus solide, est sans conteste celle que l'on tirait de la garance. Cette plante, originaire probablement de l'Asie, fut très tôt l'objet d'une culture intensive, dont parlent Dioscoride et Pline, et le commerce la faisait parvenir dans les contrées où elle ne pouvait croître : on en a trouvé en Norvège, dans une sépulture du huitième siècle avant J.-C. ! Les noms variés qu'elle a portés, sans rapport les uns avec les autres, témoignent de cette diffusion très ancienne.

 

rubia Tinctora


La fin de la culture
 
Ce sont les progrès de la chimie qui amenèrent, au XIXe siècle, la disparition de la garance. L'alizarine, sa substance colorante, fut identifiée en 1826. Le 25 juin 1869, quelques heures avant l'Anglais Perkin, Graebe et Liebermann, deux chimistes allemands dont le premier devait venir ensuite occuper durant vingt-sept ans la chaire de chimie à Genève, firent breveter un procédé permettant de la fabriquer artificiellement. En peu d'années, le prix de revient put être réduit au point de n'atteindre plus que le dixième environ de celui de la garance naturelle, à pouvoir colorant égal ; et encore s'agissait-il d'alizarine pure, alors que le produit naturel devait d'abord être débarrassé d'autres substances colorantes, sous peine de ne pas obtenir un rouge franc. L'apparition de l'alizarine synthétique signifiait la ruine pour les producteurs de garance naturelle, qui durent se reconvertir à d'autres cultures. Alors qu'au milieu du siècle, on trouvait, par exemple, en Vaucluse, cinquante moulins a garance échelonnés d'Orange à Orgon, il n'en subsistait plus qu'un seul en 1880. A la fin du XIXe siècle, la France, à en croire la "Grande Encyclopédie", en était déjà à importer plus de garance, si faible qu'en fût la quantité, qu'elle n'en produisait elle-même. Une tradition orale encore persistante veut que le fameux pantalon garance de l'armée française, qui datait de Louis-Philippe, et que d'ailleurs toutes les troupes ne portaient pas, n'ait dû sa survivance jusqu'en 1914 qu'au désir de faire vivre les cultivateurs. On se demande si cette version se concilie bien avec les faits exposes ci-dessus, surtout si l'on considère que l'autre région productrice, l'Alsace, n'était plus française depuis 1871. Il est beaucoup plus probable, si étonnant que cela puisse paraître, que ce drap militaire français ait été teint, durant les dernières décennies, avec de l'alizarine... allemande !
 
Aujourd'hui
 
La réputation du pantalon garance a été telle qu'elle a éclipsé d'autres uniformes qui devraient pourtant bien nous intéresser aussi : c'est de drap garance que, sous l'ancien régime, étaient revêtus non seulement les trois régiments irlandais, mais aussi et surtout les onze régiments suisses de ligne au service de France (alors que le régiment des gardes suisses, approchant le roi, portait un uniforme écarlate, plus coûteux). Napoléon, à son tour, eut quatre régiments suisses vêtus de rouge garance qui, en 1812, allèrent joncher les rives de la Duna et de la Bérézina. La Restauration, enfin, reprit l'ancienne tradition : le teint garance distinguait les quatre régiments suisses de ligne, et le rouge écarlate les deux régiments suisses de la garde. Avant de caractériser le pantalon militaire français, le rouge garance a donc été une marque distinctive des Suisses (qu'elle a d'ailleurs fait confondre plus d'une fois avec les troupes anglaises auxquelles ils étaient opposés, notamment en Sicile et en Espagne). Supprimés en France en 1830, les " Suisses rouges " subsistèrent au service des Bourbons de Naples jusqu'en 1859. Mais là, leur uniforme était rouge écarlate, et non garance.

Procédé
Les racines, une fois récoltées, étaient séchées avec soin, puis broyées et pilées, afin d'en séparer l'écorce et le bois inutile, la substance colorante étant localisée sous l'écorce dans l'aubier. C'est cette garance, plus ou moins finement pilée et blutée, qu'on livrait au commerce. Selon le degré de perfection du travail qui consistait à ôter l'écorce et les radicelles, elle était dite robée ou non robée.
Un processus très raffiné, et qu'on ne cessait d'améliorer, permettait aux teinturiers d'en composer les bains de teinture nécessaires à leur industrie. La garance ne se fixait intimement à la substance des fibres (animales ou végétales) des tissus qu'en présence de calcaire (on devait parfois ajouter de la craie) et sous l'action d'un mordant, qui était généralement l'alun. Les procédés, bien entendu, variaient selon qu'il s'agissait de soie, de laine, de coton, voire de lin. La garance faisait partie, avec le kermès et la cochenille, des matières de "grand teint" ou "bon teint", par opposition à d'autres teintures, comme l'orseille ou le brésil, réservées au "petit teint" : il s'agissait, dans ce dernier cas, de couleurs souvent très belles, mais peu solides. Elles convenaient à des tissus dont on attendait peu de durée ou qui n'étaient pas destinées à paraître au jour : les doublures de vêtements, par exemple.

Toxicité
La propriété physiologique la plus curieuse de la racine de garance est de colorer en rouge les os des animaux qui en sont nourris, ainsi que, paraît-il, le bec et les pattes des oiseaux, particularité qui distingue déjà non seulement les mouettes du lac de Genève, mais aussi, ce qui est plus inattendu, l'aigle héraldique genevois, contrairement à toutes les règles de la nature comme du blason - il devait, en effet, s'agir de l'aigle impérial, au moins dans le principe.
 
Il n'était même pas nécessaire d'absorber la poudre de garance par voie buccale pour produire l'effet physiologique en question. On assura en 1850, à un Genevois de passage en Avignon, que l'on reconnaissait dans les cimetières les squelettes, colorés en rouge orange, des ouvriers des fabriques de garance ; information que nous livrons à nos archéologues, à toutes fins utiles.
La garance est une plante faiblement toxique. Des troubles digestifs mineurs et isolés peuvent apparaître lors de l'ingestion de plus d'une dizaine de baies. Le traitement est symptomatique. L'absence de symptômes, plus de 2 heures après l'ingestion d'une partie de la plante (baie, feuille, tige, fleur...) est de bon pronostic.

Baies Rubia Tinctora

Tisanes thérapeutiques pour reins et vessie. Racine de garance (rubia tinctorum) : Diurétique doux, elle fait disparaître énergiquement les obstructions du foie et de la rate. Utile pour la gravelle.
© Ces renseignements nous sont fournis par la maison Robert & Fils inc. Montréal
 

http://www.garance.free.frindex.html

 

Le rouge et le bleu


vierge et diablotins

Les couleurs du manteau et de la robe de la Vierge sont le rouge et le bleu : c’est à dire la couleur des Cieux ( l’azur ) et de la passion du Christ ( le sang ). Notons que ces deux couleurs se retrouvent présentes sur les échiquiers médiévaux et associer ces deux couleurs en blasonnant constitue un écart grave aux règles de l’héraldique. Curieusement le noir et le blanc ne forment alors qu’un contraste bien plus faible. Il n’existe à cette époque ni noirs profonds ni blancs lumineux alors que les rouges sont carmins ou purpurins tandis que les bleus sont froids et pastels. Rappelons que le rouge est également la couleur du magister [ pouvoir politique ] depuis l’empire romain et celle des robes de mariées tandis que les églises sont peintes en bleu.

http://namta.ifrance.com/medieweb/colors.htm

 

 

( * ) Michel Pastoureau est un historien médiéviste français, né le 17 juin 1947 à Paris.
Il est historien, archiviste paléographe et directeur d'études à l'École pratique des hautes études (4e section), installée à la Sorbonne, où il occupe depuis 1983 la chaire d'histoire de la symbolique occidentale. Il a publié une quarantaine d'ouvrages consacrés à l'histoire des couleurs, des animaux et des symboles

 

  • Une histoire symbolique du Moyen Âge occidental, Seuil, collection La librairie du XXIe siècle, Paris, 2004, (ISBN 2020136112).
  • Traité d'héraldique, Grands manuels Picard, 1979, réédité en 1993, 1997, 2003 (version revue et complétée par les travaux du domaine publiés de 1979 à 1992).
  • Dictionnaire des couleurs de notre temps, Bonneton, Paris, 1992. (ISBN 2862532436)
  • Figures de l'héraldique, Découvertes Gallimard, 1996. (ISBN 2070533654)
  • Bleu. Histoire d'une couleur, éditions du Seuil, 2002. version poche (ISBN 2020869918), version grand format (ISBN 2020204754)
  • Les animaux célèbres, Bonneton, 2001. (ISBN 2-86253-281-9)
  • L'étoffe du diable, une histoire des rayures et des tissus rayés, éditions du Seuil, collection Point Essais, Paris, 1991. (ISBN 2020611988)
  • Les emblèmes de la France, éditions Bonneton, Paris, 1998.
  • Le petit livre des couleurs avec Dominique Simonnet, éditions Panama, 2005 . (ISBN 2755700343)
  • L'hermine et le sinople, études d'héraldique médiévale, Le Léopard d'Or, Paris, 1982, (ISBN 2863770179).
  • La Bible et les saints avec Gaston Duchet-Suchaux, Édition Flammarion (Paris), Collection Tout l'art référence, 2006. (ISBN 2080115987)
  • Ours. Histoire d'un Roi Déchu, Seuil, collection La librairie du XXIe siècle, Paris, 2007. (ISBN 202021542X).

Avec préface de Michel Pastoureau :

  • Le Bleu, CNRS Éditions, coll. « CNRS Dictionnaires », 1998 (réimpr. 2004), 274 p. (ISBN 2271062284), par Annie Mollard-Desfour.