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La mumia

LA MOMIE DANS LA PHARMACOPEE OCCIDENTALE

L'usage médicinal des momies, déjà recommandé par Avicenne au XIe siècle, se serait développé autour de l'an 1300 grâce à un médecin juif d'Alexandrie appelé El-Magar. Ce dernier les prescrivait pour soigner fractures et autres blessures. L'engouement en Occident atteignit son apogée aux XVIe et XVIIe siècles. La momie se trouvait fréquemment chez les apothicaires, vendue sous forme de morceaux de chair desséchés ou d'un liquide noirâtre et poisseux. On dit que François Ier ne se déplaçait jamais sans un sachet en cuir contenant de la momie.


Toutes les substances vendues comme momie prove­naient-elles de corps embaumés au temps des pharaons ? Guy de La Fontaine, médecin du roi de Navarre, enquêta lors d'un séjour à Alexandrie en 1564. Il visita le magasin d'un grand marchand juif de momies. Ce dernier lui montra les trente ou quarante momies qu'il avait en stock. Il éclata de rire quand Guy de La Fontaine lui demanda si tous les cadavres provenaient de tombeaux anciens. Le commerçant répondit qu'il préparait lui-même ces momies à partir de cadavres et que la plus vieille avait peut-être quatre ans. Puis il se moqua des chrétiens « si friands de danger de la chair des corps morts ». Nicolas Lémery, dans son Dictionnaire universel des drogues simples, définit les différents types de momies : « Mumia, en français Mumie, est un cadavre d'homme ou de femme, ou d'enfant, qui a été embaumé et desséché. Les premières mumies ont été tirées des sépulcres des anciens Égyptiens [...]. Cet embaumement était fait avec des baumes, de la résine de cèdre, du bitume de Judée, de la myrrhe, de l'aloès et plusieurs autres ingrédients aromatiques [...]. On trouve quelque­fois sur les côtes de la Libye des cadavres humains qui, y ayant été poussés par les vagues de la mer, sont pénétrés de sable et desséchés, ou pour mieux dire, calcinés par la chaleur du soleil qui est excessive en ce pays-là; on en rencontre aussi dans le désert de Zaara (...] On appelle ces cadavres desséchés mumies blanches. (...] Il ne faut pas croire que la mumie commune qu'on nous apporte soit de la véritable mumie d'Égypte qui ait été tirée des sépulcres des anciens Égyptiens ; celle­là est trop rare [...]. Celle que nous trouvons chez les droguistes vient des cadavres de plusieurs personnes que les Juifs ou même les chrétiens embaument après les avoir vidés de leurs entrailles et de leur cervelle [...] ; ils mettent sécher au four ces corps embaumés pour les priver de toute leur humidité phlegmatique et pour y faire pénétrer les gommes afin qu'ils puissent se conserver". » Lémery conseille de choisir la momie « nette, belle, noire, luisante, d'une odeur assez forte et qui n'est point désagréable ». On obtient, par distillation chimique, beaucoup d'huile et de sel volatil. La momie est « détersive, vulnéraire, résolutive ». Elle fortifie, aide à la guérison des contusions et empêche que le sang ne se caille dans le corps. Lémery déconseille l'utilisation des momies blanches qui n'ont que peu de vertus.
Schrôder propose une autre méthode pour préparer une « momie moderne" ». Vous choisissez la carcasse d'un rouquin (leur sang est plus fin et leur chair meilleure) d'une vingtaine d'années et qui a été tué. Vous le laissez reposer à l'air pendant vingt-quatre heures. Puis vous coupez la chair en morceaux, ajoutez de la poudre de myrrhe et un peu d'aloès. Vous trempez le tout dans de l'esprit-de-vin, et laissez pendre une dizaine d'heures. Vous imbibez de nouveau d'esprit-de-vin, puis vous faites sécher à l'ombre. Annibal Barlet a concocté une préparation similaire. Excellent contre les venins, la peste, la phtisie, l'asthme et l'épilepsie.

Cannibales !
Pierre-Antoine Bernheim
Guy Stavridès
Ed. Plon

1992