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Les veuglaires

Description et fiche technique d’utilisation.

 

 

Description :

 

Ces canons sont des copies d’après gravures et se situent dans la période 1450-1470.  Ce sont des pièces « légères » ( 300 et 350 kg) et mobiles grâce à leur affût à rouages (à roues). Elles sont destinées à être utilisées en campagne ou en défense de place forte. Il s’agit de canons à rechargement par la culasse. On utilise pour cela des « boites à poudre » qui s’ajustent à l’arrière du tube

 

Les sources :

 

Veuglaire de l’Ost du Dauphin :gravure du « codex germanicus 600 »

 

 

 

 

Veuglaire de la Massenie de Saint Michel 1473 : Gravure d’Israël van Meckenen

 

           

 Le tube :

 

            Il s’agit d’une partie importante du canon. Au 15ème siècle, celui ci  est le plus souvent forgé. Il possède une structure en « tonnoille » : barres de fer soudées longitudinalement et cerclées de frettes circulaires forgées et assemblées à chaud. Dans la 2ème moitié du 15ème apparaissent des tubes en bronze et en fonte de fer coulés mais dont les performances ne sont pas encore bien au point.

 

L’affût :

 

Les affûts ( ensemble des parties en bois) de ces pièces d’artillerie sont en chêne massif . Ce bois résiste bien aux contraintes auxquelles il est soumis lors des tirs : compression, vibration, écrasement, chocs, chaleur. Le tout est renforcé de pièces métalliques forgées, qui donnent encore plus de solidité à l’ensemble.

On a ici deux systèmes affûts . Ceci s’explique par le fait que ces pièces n’étaient pas fabriquées en « série » ( la standardisation des calibres et des canons viendra au 16ème siècle), mais par des forgerons et des artisans locaux. La principale différence se situe au niveau du point d’équilibre du canon.

Le veuglaire de l’Ost du Dauphin possède un axe de rotation des deux parties de affût en avant de l’essieux, ce qui a pour conséquence de reporter la majorité du poids au niveau de la hausse, cependant, il possède un tube court et léger, ce qui fait que l’effort nécessaire pour régler  la hausse n’est pas très important

Le veuglaire de la Massenie de Saint Michel possède quand à lui un axe de rotation situé en arrière de l’essieux et un tube plus long et avancé. L’équilibre ainsi obtenu permet ainsi de régler la hausse sans développer un effort trop important.

Ces deux modèles affût sont des exemples d’« affût à pinces »(la hausse est »pincée» entre le bois) et témoignent des essais tout au long du 15ème siècle pour améliorer l’efficacité de l’artillerie. De nombreux système ont cohabité dans les armées, formant un ensemble parfois assez hétéroclite de formes d’affût ( il existe aussi d’autres modèles affût de conception différentes mais gardant les mêmes principes de base)

 

 

Principe :

 

Ces pièces se chargent à l’aide de boites à poudre ; ce sont celles ci qui contiennent la poudre.

 

Pour recharger :

- On met la poudre dans la boite à poudre

- On bouche celle ci  à l’aide d’un bouchon de bois enfoncé au marteau (il permet la montée en pression dans la boite à poudre et quand  la pression est suffisante, le bouchon saute comme un bouchon de champagne et pousse le projectile qui se trouve dans le tube du canon)

 

La boite est donc prête et on peut passer au chargement du canon

- On met la boite en place à l’arrière du tube

- On enfonce une cale en bois qui plaque la boite contre le fut

- On met en place le projectile par la gueule du tube et on  le pousse au fond du tube à l’aide d’un refouloir

- On amorce la boite avec un peu de poudre noire au niveau de la lumière

- Il ne reste plus qu’à faire feu en « boutant le feu «  à la poudre soit au moyen d’une mèche lente soit à l’aide d’un tisonnier ou bien encore d’une braise

- Après le tir, on retire la boite et on nettoie le tube du canon

 

 

Munitions

 

Ces canons peuvent utiliser différentes  munitions en fonction des circonstance

            En campagne :

 On utilise des boulets mais on utilise le plus souvent des « boites à mitraille ». Ce sont des enveloppes de toile fine remplie de gravillons, de plombs, de petits morceaux de fer ...

Au moment du tir, l’enveloppe se déchire, laissant partir une gerbe de petits projectiles, à la façon de nos fusils de chasse actuels.

Ceux-ci ne sont pas systématiquement mortels mais occasionnent de nombreuses blessures et jouent énormément sur le moral des troupes, blessant les hommes, les chevaux... et semant la panique dans les rangs. Ces projectiles seront utilisés jusqu’aux campagnes napoléoniennes.

En siège :

 On utilise des boulets. D’abord en pierre, puis en plomb et enfin dans le 3ème quart du 15ème siècle, en fonte de fer

L’avantage de la pierre tient à sont coût de fabrication, très bas, et à l’omniprésence de la matière première. Le problème est que lors du choc contre un mur en pierre, le boulet peut éclater et fait peu de dégâts. Cependant , il est efficace contre des portes ou des hourds

Le plomb coûte très cher mais il est facile de fabriquer de boulets sommaires en coulant du plomb dans un trou creusé dans le sol. L’impact sur les murs est plus important mais la malléabilité du plomb empêche une pénétration  profonde.

La fonte de fer, au début du 15ème, très chère, les techniques d’extractions du fer ayant progressées, son prix est devenu abordable pour la fabrication  de boulets vers la fin du 15ème

siècle. L’avantage de ce boulet tient à sa solidité ; il pénètre profondément les murailles et les défenses de places fortes occasionnant de lourds dégâts.

Les différents types de projectiles ci-dessus cités ont été souvent employés en même temps, en fonction des approvisionnements.

            En défense de place forte :

Placés aux endroits stratégiques (tours, plates-formes, canonnières), ils peuvent couvrir une large zone autour d’un château et s’opposer à l’approche d’hommes ou d’engins de siège

 

 

Mobilité, protection

 

Grâce à leur poids modeste, on peut facilement déplacer et effectuer des réglages sur ces pièces. On peut sur terrain plat les déplacer à 2  et même courir en étant 4. Ceci est important en cas de revers de fortune lors d’un affrontement ; il faut essayer à tout prix de sauver l’artillerie, non seulement à cause de son prix , mais aussi car elle peut être retournée contre son propriétaire.

 

En siège, souvent on protège les hommes et le canons derrière de grands mantels de bois basculants , qui peuvent arrêter flèches et carreaux d’arbalète. Il sont par contre bien moins efficaces contre les projectiles de pièces d’artillerie comme en témoigne le récit de la mort de Jacques de Lalain : « ... il descendit de son cheval et s’en alla pour leur parler, se mettant avec eux sous le couvert de la bombarde, à l’ombre d’un pavois qui regardait la place. Il advint à cette heure qu’un canonnier, étant dans l’une des tours de la forteresse, avait affûté un pierrier pour battre le manteau de la bombarde, et , son pierrier étant chargé, il y mit le feu. La pierre alla frapper le pavois derrière lequel se tenait messire Jacques de Lalain, et là il fut frappé à la tête de l’éclat d’une pièce de bois, au dessus de l’oreille , tellement qu’il eut le coin de la tête emporté et partie de la cervelle, et il tomba à la renverse étendu par terre, sans plus remuer ni pied ni jambe. »

 

Exemple de mantelets :

 

Mantelet de l’Ost du Dauphin

 

  

 

 

Sources :

 

Chroniques de Froissard 15ème siecle

                            

Chroniques de Schilling ?                                 siège de Jérusalem par les croisés, 15ème

 

Avantages, inconvénients

le gros avantage du système de rechargement par la culasse est la rapidité de tir et de rechargement. Avec une équipe d’artilleurs bien formée (environ 7 personnes par pièce), on peut aisément atteindre 3 à 5 coups par minute. Chaque canon étant équipé de plusieurs boites à poudre (3 à 5 en général).

L’inconvénient majeur vient de la jonction entre la boite à poudre et le tube ; on a toujours des fuites à ce niveau et des pertes de pression, donc d’efficacité. On peut limiter les pertes de pression par l’ajout, sur le col de la culasse d’un joint rudimentaire composé de filasse de chanvre, c’est l’ »estuffage » de la culasse.  Ces problèmes d’étanchéité entraîneront l’abandon de ce système au profit des canons à rechargement par la gueule.

 

 

Ou voir des veuglaires actuellement

 

Musée de Morat (suisse)

Château de Chillon (Suisse)

Pièces d’artillerie diverses : Musée de l’armée Paris

 

 

 


 Fiche technique d’utilisation

 

Matériel nécessaire

 Chargement : - maillet

                        - barreau pour tasser

n    foin

n    fil en laiton

n    écouvillon poil

n    écouvillon laine

n    et bien sûr charges de poudre

chargement et entretien du canon

                        - écouvillon métallique

                        - écouvillon poil

n    refouloir

n    seau

n    maillet

n    boutefeu

n    poire à poudre

n    munitions

matériels divers

n    cordes de traction

n    brancard pliant ou démontable

n    pièces de rechange

n    cales en bois

n    toile de bâchage

matériel du personnel

            obligatoire : gants, casques ou chapeau

recommandé : bouchons de protection pour les oreilles, briquet

           

Personnel requis et mission

 

L’utilisation d’un veuglaire  en toute sécurité nécessite la constitution d’une équipe d’artilleurs bien entraînés et dont chaque membre connaisse parfaitement les différents postes et manipulations. Cette équipe peut être constituée de 4 à 8 personnes, hommes et femmes. Les différents postes sont ouverts à tous excepté pour le rechargement des culasses, qui doit être uniquement effectué par une personne habituée à manipuler la poudre noire.

 

Equipe idéale composée de 8 personnes :

 

n    Chef de pièce : chargé de la sécurité des artilleurs et du public, doit veiller à ce que le public respecte les zones de tir prédéfinies, et que l’équipe d’artilleurs ne commette pas d’erreurs : ex : le boutefeu ne s’approche jamais du chargeur

 

n    Chargeur de culasses : charge les culasses et les recharge après utilisation

 

n    metteur en place : prend les culasses et les place sur le canon

 

n    ajusteur : règle la hausse et le pointage du canon

 

n    amorceur : à l’aide d’une poire à poudre, amorce les culasses

 

n    pourvoyeur de munitions: Met en place la munition 

 

n    nettoyage du fut : après le tir, nettoie le fut

 

 

n    boutefeu : met le feu à la poudre d’amorçage

 

Bien entendu, on peut réduire le nombre de personnes nécessaires, en fonction des animations, à étudier a l’avance.

 

 

 

 

 

Répartition du personnel autour du canon et déplacements

 

Légende :

1 : chef de pièce

2 :chargeur de culasse

3 :metteur en place

4 :ajusteur de visée

5 :amorceur

6 : pourvoyeur de munitions

7 :nettoyeur du fut

8 boutefeu

 

Les flèches indiquent les déplacements effectués sachant qu’il ne peut y avoir qu’un seul  mouvement à la fois. Le chargeur de culasse et le chef de pièce sont immobiles sauf dans les cas suivants :

n    si le chef de pièce s’aperçoit d’un défaut de procédure, d’un risque ( mauvaise manipulation) ou d’un  problème dans la zone de sécurité (touriste distrait...)

n    si il y a un problème lors de la mise à feu (long feu ou incident de tir), le chargeur de culasse essaye de réamorcer ladite culasse ou la neutralise.

 

Détail des opérations de chaque poste

 

- chef de pièce

            respect de la zone de tir

            placement du personnel

            respect des déplacements

            ordres de pointage du canon

            ordre de tirer

            doit arrêter le tir à tout défaut constaté

 

-chargeur de culasse :           

technique de chargement des culasses :

s’assurer que la culasse est propre( pas d’objets ou de résidus dans l’âme )

s’assurer que la lumière n’est pas bouchée (passage du fil de laiton)

mettre une à trois doses de poudre (en fonction de la zone de tir et des tolérances de l’organisation) ceci est sous la responsabilité du chargeur

mettre du foin pour remplir la culasse et tasser au maillet, répéter plusieurs fois si nécessaire

déposer la culasse sur le coté , âme en direction du canon , lumière vers le haut et sous un linge

Pour le rechargement d’une culasse en cours de séance de tir, passer au préalable les écouvillons poil puis laine

 

- metteur en place

 prendre les culasses sous le linge, sans les retourner ou pointer l’âme vers le public

poser la culasse à l’arrière du tube

ajuster la culasse au tube

ajuster la cale à la main puis au maillet

 se retirer en arrière

 

- ajusteur

 régler la hausse en se servant de la goupille de réglage et soulever la queue de l’affût à l’aide de l’anneau

régler le pointage latéral en bougeant l’affût à l’aide de la poignée en bois

se retirer

 

- amorceur

 Déposer de la poudre sur la lumière de la culasse et s’assurer qu’elle descend bien dans la culasse en donnant éventuellement quelques coups de maillet sur le coté de la culasse

se retirer

 

- pourvoyeur de munitions

 placer la munition à la gueule du tube et la pousser au fond en utilisant le refouloir

important : ne jamais pousser le refouloir en plaçant la paume de la main sur l’extrémité du bois, toujours le prendre latéralement et ne jamais se mettre en face de la gueule du fut

se retirer

important : ne jamais réellement mettre la munition pour des raisons évidentes de sécurité !

 

- boutefeu

 à l’ordre du chef de pièce et uniquement à ce moment là, s’approcher du canon et mettre le feu a la poudre sur la culasse, se retirer très rapidement

Important :

ne jamais s’approcher de l’amorceur et du chargeur de culasses avec la mèche (la planter dans le sol assez loin)

 le boutefeu doit toujours avec lui une lanterne pour allumer ou rallumer la mèche lente, éventuellement un briquet (à tenir caché bien sur)

 

- nettoyeur du fut

 après chaque tir, nettoyer à l’aide de écouvillon poil trempé dans le seau d’eau

ceci à pour but d’éteindre toutes les particules de poudre qui pourraient être restées dans le tube et se consumer

En fin de séance, passage de l’écouvillon métallique pour enlever les résidus, puis poil pour rincer et un chiffon pour essuyer

 

 

Cas particulier du mantelet basculant : Il faut attribuer à 2 personnes la charge de le manipuler pendant les tirs. L’idéal est de disposer de 2 servants (ce qui porte l’équipe à 10 membres !), sinon le pourvoyeur et le nettoyeur peuvent le faire.

 

Bien sûr, il est possible d’ajuster le nombre de postes en fonction du nombre de personnes disponibles et du spectacle ; par exemple, le pourvoyeur de munitions peut aussi assurer le nettoyage du fût et le chargeur de culasse peut les mettre en place.

Pour faire ces adaptations, il faut que tous et toutes connaissent parfaitement le fonctionnement de la pièce d’artillerie et les règles de sécurité correspondantes.

 

 

Thierry Prost
« l’Engingnieur »

 

Ost du Dauphin - Massenie de Saint Michel 1473